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Le sens des maux


Notre santé mentale est directement dépendante de la confiance que l’on accorde aux marchands de rêves. Par ces temps d’incertitude où le moindre évènement quotidien prend des proportions catastrophiques, l’analyse ne fait malheureusement plus partie de nos habitudes. L’analyse vous savez, cette petite manie qui consiste à décortiquer l’événement pour en comprendre le sens avant de paniquer, de prendre une décision à la légère ou, plus communément, d’appeler à l’aide quelqu’un qui ne nous sera d’aucune utilité. Souvent en effet, comme nous ne savons pas saisir le sens des maux qui nous affectent, le réflexe consiste à se tourner vers quelqu’un qui sait…heu…, qui sait quoi au juste.

Car c’est bien là le problème! Mon ignorance, légitime, a pour rôle de me permettre de progresser par la réflexion. En usant de mes propres valeurs, je peux alors progressivement acquérir une réelle autonomie en laissant se dessiner mes véritables repères. Or, beaucoup trop fréquemment, un marchand de rêves désireux de vouloir m’enchaîner à ses théories, tente d’effacer définitivement mes repères pour mieux m’imposer les siens, foncièrement faux, se rendant ainsi indispensable.

L’origine de la plupart des troubles du comportement vient d’une pollution intellectuelle due à un excès de confiance. Je fais confiance à celle qui a dit qu’elle savait, à celui qui prétend savoir. À celui-là qui tient ses connaissances de ses origines géographiques, ethniques ou ancestrales ou à cet autre, interlocuteur privilégié du grand écho divin de sa propre voix. Je n’ai pas le temps de comprendre les raisons de mes difficultés, mais je le perds à écouter, béa, les absurdités de celle ou celui qui me chantera sa plus belle théorie. Sauf que les paroles des chansons ont ceci en commun, qu’elles font toutes référence tant à l’imaginaire qu’à un supposé lointain passé dont on n’apporte absolument aucune preuve!

Ne perdons pas de vue qu’une preuve est un élément manifeste qui vient corroborer une affirmation, et non pas l’inverse. L’affirmation en tant que telle n’est pas une preuve, surtout si elle émane de quelqu’un « digne de confiance » qui a obligation de fournir la preuve de ce qu’il/elle avance.

Ainsi, non seulement je ne sais pas comprendre ce qui m’arrive, mais je m’abstiens de vérifier si les soins que l’on me prodigue peuvent véritablement alléger mes peines, voire mes souffrances, à défaut de pouvoir réellement me guérir. Pourquoi? Parce que je fais confiance bien sûr. Aveuglément confiance à des marchands de rêves qui, ne connaissant pas le sens des maux, ne peuvent bien évidemment ni me les expliquer, ni à fortiori me prescrire le remède adéquat. Il leur sera d’autant moins possible de parvenir à un résultat que la cause de mes difficultés n’est nulle part ailleurs qu’ici et maintenant et qu’il est impossible de réparer des dommages psychiques par des actions physiques ou encore moins métaphysiques. Ce serait parvenir à réparer le moteur d’une voiture en se contentant d’en nettoyer les sièges ou en y pensant très fort, cela n’a aucun sens.

Ma stabilité psychologique ne dépend pas d’un acquis de connaissances spirituelles toutes différentes qui, de plus, se contredisent. C’est précisément le contraire. Plus l’âge avance, plus les possibilités d’être confronté à un choc émotionnel sont élevées, justement parce que je suis tenté d’écouter n’importe qui par excès de confiance. En fait, le risque augmente en fonction des échecs. Face à une obligation personnelle, chaque mauvaise décision, désistement, refus, fuite ou autre attitude du genre pour ne pas en assumer les conséquences en augmente les probabilités jusqu’à ne plus pouvoir y échapper. S’en remettre aux autres ne change rien à la situation. Certes, il est important de savoir demander conseil et ne pas hésiter à le faire quand l’opportunité se présente, mais il faut toutes fois être vigilant pour ne pas se tourner vers n’importe qui.

L’une des règles élémentaires du processus est justement d’accueillir l’aide qui se présente et non pas de la solliciter, mais le système tourne à l’envers, c’est une réalité.

Aussi, c’est parce que personne n’est autorisé à faire ce qu’il m’appartient de faire puisqu’il en va de mon éducation d’Être vivant que personne d’autre que moi n’assumera les conséquences de mes échecs. Chaque fois que j’accorde ma confiance à quelqu’un qui prétend faire mon travail à ma place, je perds. Plus je persiste, plus je deviens dépendant de remèdes miracles et plus je fonce vers un choc émotionnel qu’il me sera impossible d’éviter.

Les maux dont je souffre ne disparaîtront qu’à la condition d’en comprendre le sens et de trouver la réponse qui convienne, auquel cas, cette situation que je redoute tant se reproduira inlassablement. Ces ‘schémas’ ou cycles dont chacun a entendu parler ne sont en réalité qu’un travail personnel imposé que je refuse d’effectuer. Si je veux m’en défaire, il me faut surmonter mes appréhensions et l’accomplir. J’en suis capable et j’en ai les moyens. Les réponses sont toujours là, à ma portée, à la hauteur de mes connaissances comme de mes compétences, jamais dans des fables toutes prêtes.

La solution à un problème récent ne sera jamais ailleurs que dans son propre contexte, dans ma vie courante et à l’instant présent. Si j’ai besoin d’aide pour parvenir à la trouver, celui ou celle qui pourra m’aider n’y parviendra pas autrement qu’en m’expliquant ce que je n’ai pas su faire et pourquoi je dois le faire, sans suppositions, interprétations ou accusations d’aucune sorte. Après, ce sera à moi d’agir.

Une dépression n’est rien d’autre qu’une rupture émotionnelle entre l’espoir que quelqu’un fasse à ma place et la réalité de devoir m’assumer, entre ce que je prévois et ce que je n’obtiens pas. Plus la différence est grande, plus la dépression est profonde. Cela ne se soigne pas, ce n’est pas une maladie, cela s’explique et l’on s’en sort très rapidement quand l’explication est juste! Raison pour laquelle la médication, remède miracle, crée une dépendance qui ne règle pas un problème qui s’aggravera nécessairement avec le temps. Pour éviter une rupture émotionnelle qui se profile, il est indispensable d’augmenter la médication qui, par voie de conséquences, augmente aussi l’état de dépendance. On peut retarder le problème, il ne pourra jamais se résoudre puisque l’on prive d’air un patient qui a un besoin urgent d’oxygène. On soigne quelqu’un en prodiguant des soins qui aggravent son mal tout en le convainquant qu’il est en train de guérir, amusant non?

Il en est ainsi de toutes sortes de thérapies improvisées dont les fondements reposent sur de l’imaginaire passéiste comme de la voyance et, à fortiori, de la religion. Alors, autant dire qu’il est totalement utopique de penser, et dangereux d’affirmer, qu’un gri-gri posé sur une étagère puisse guérir une dépression, soigner un enfant autiste ou accomplir d’autres rééquilibrages psychiques du genre comme je viens de le lire dans la rubrique ‘expériences vécues’ du site : {http://www.alchymed.com/articles.asp?id_article=2387}

Cet article est un bon exemple qui vient confirmer ce qui précède. Je vais me référer au seul paragraphe relatif à l’analogie de la grenouille. En axiologie, tout ce qu’il est important de savoir se trouve dans ce qui est visible (ou lisible). Plus particulièrement les lapsus, non-sens et autres inversions lexicales qui en disent plus long que l’on ne le pense sur leurs auteurs. Je cite :

« Si l’on place une grenouille dans de l’eau très chaude, elle sautera certainement hors de la casserole pour sauver sa vie.  Toutefois, si l’on place la même grenouille dans une casserole d’eau froide, elle s’y sentira à l’aise puisque ceci correspond à son milieu naturel.  Si l’on augmente ensuite progressivement la température de l’eau jusqu’à ébullition, la grenouille ayant perdu ses repaires (textuellement), s’adaptera à ce changement jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il en est de même pour nous » . L’analogie est révélatrice de la méthode utilisée.

En écrivant cela l’auteure énonce deux vérités qui ont largement dépassé le fond de sa pensée. La première dévoile que pour vous faire accepter un remède qui vous est néfaste, la démarche consiste d’abord à créer une dépendance jusqu’à ce que mort s’ensuive, pour éviter de vous faire réagir. Entendez par là qu’une aliénation intellectuelle qui consiste à ne plus pouvoir penser par vous même est indispensable. Dans le texte vous pourrez lire que la dépendance est relative à la peur. On commence par quelques frayeurs pour faire progressivement monter la pression. Les exemples deviennent empiriques (avec le téléphone cellulaire, vous risquez une tumeur au cerveau en forme d’antenne, si, si, c’est écrit !) jusqu’à devenir carrément alarmistes en utilisant les enfants pour rendre le besoin encore plus indispensable. Vous remarquerez que toutes les causes véhiculant la peur s’appuient sur des raisons liées aux enfants comme faire valoir.

La deuxième vérité est une inversion d’autant plus révélatrice qu’elle concerne le mot clé du texte : « Avant de mourir, la grenouille perd ses repaires ». Écrit de cette façon, le repaire est un refuge d’animaux sauvages. Ce sont ces mêmes repaires que l’on associe aux brigands et aux pirates. Étant la proie, ou la victime puisque, selon l’auteure, il en est de même pour nous, c’est d’avoir perdu ses véritables repères, signes de référence servant à s’orienter, que la grenouille finit dans la casserole. C’est bien ce que je m’efforce de démontrer.

Le plus drôle dans tout cela, c’est que cela émane d’une… naturothérapeute !

« L’analogie de la grenouille » révèle pour le moins que si grenouille il y a, elle n’est pas analogique, mais numérique pour appâter bon nombre de couleuvres prêtent à l’avaler.

Toute cette pollution spirituelle altère de façon très insidieuse la santé mentale. C’est la cause de nombreux troubles de comportement pouvant être très importants. Le plus grave, c’est que ce sont précisément ceux qui devraient vous éviter la noyade qui vous maintiennent la tête sous l’eau. En perturbant votre stabilité psychologique par des psychos solutions ou des thérapies miracles sans la moindre efficacité, vous passez du stade de désorienté à celui de satellisé. Propulsé sans parachute dans un monde de rêves où les maux perdent tous leurs sens, il ne faut pas s’étonner si le retour sur Terre est souvent très douloureux.

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Oct. 06 - Denis NOTARI - Tous droits réservés.


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